mardi 3 décembre 2013

Référence : Arthur Rackham


Est-ce l'approche de Noël ou bien un effet secondaire de l'hiver ? Il me vient des envies de lectures au coin du feu, d'histoires de fées et de lutins. Une envie de contes de fée, en somme.

Après le Néerlandais Rien Poortvliet, laissez-moi donc vous évoquer le souvenir d'un autre illustrateur - l'un des plus grands. Arthur Rackham (1867-1939) est anglais. Il est aquarelliste. Mais plus que sa technique (qui en fit pourtant l'un des maîtres de son époque, membre de la Royal Watercolour Society), c'est la richesse et l'originalité de son imagination qui ont marqué son temps. 
Né dans une famille de douze enfants, il poursuit des études d'art tout en travaillant, et commence,  ainsi que beaucoup d'artistes de son époque, comme illustrateur de presse. C'est en 1894 qu'une première publication sérieuse, (The Dolly Dialogues, d'Anthony Hope), lui permet d'entamer, dans le style précieux, parfois japonisant, qui lui est propre, une carrière d'illustrateur de livres qu'il poursuivra jusqu'à sa mort. Il faut dire que c'est l'âge d'or du livre pour enfants en Angleterre, où les recueils de contes richement  illustrés font l'objet d'un véritable engouement. Il illustre ainsi Les Contes de Grimm (1900), Les voyages de Gulliver (1900), ainsi que Peter Pan (1906),  Alice au Pays des Merveilles (1906), et Le vent dans les Saules, ces trois classiques de la littérature enfantine de l'époque. Son succès est immense et dépasse l'Angleterre. En 1914, il est même exposé au Louvre !


Il continue avec le cycle des Nibelungen, Le Songe d'une Nuit d'Eté, le Christmas Carol de Dickens, les Fables d'Esope... Sa technique est mixte : il superpose de nombreux lavis colorés, qui se mêlent pour créer une ambiance onirique, et reprend ensuite à l'encre noire ou sépia les traits de son dessin. Il associe ainsi de manière merveilleuse la délicatesse des ambiances, à la précision d'un trait (dans lequel on reconnaît l'influence préraphaélite).

Il crée aussi d'extraordinaires illustrations, restées fameuses, à partir de simples silhouettes auxquelles la précision et l'humour du trait confère une extraordinaire expressivité. Cette technique, monochrome, est adaptée à l'impression  de livres à moindre coût (tandis que les éditions de luxe comprennent des illustrations en couleur).  
Voici quelques exemples tirés de Cendrillon dans l'édition de Charles S. Evans (1919). On y trouve 60 illustrations monochromes et une unique illustration en couleur :


Après sa mort, l'oeuvre d'Arthur Rackham a été  reproduite ad nauseam, quittant les livres pour aller de la carte de voeux (c'est l'époque) à l'assiette de porcelaine et à la tasse à thé. Ceci ne doit pas nous faire oublier le travail minutieux de l'illustrateur dialoguant avec le texte, et que l'on découvre en accomplissant ce simple geste, ce geste merveilleux : tourner lentement, au fur et à mesure de la lecture, une page après l'autre.


• Je vous rappelle qu'il suffit de cliquer sur une illustration pour l'agrandir et en savourer tous les détails. 
• On peut lire Cendrillon, dans l'édition illustrée par A. Rackham, sur la base de donnée Gallica : il suffit de cliquer ici.
• Lien vers l'Arthur Rackham Society : c'est LÀ.
• Un petit gadget comme je les aime : sur Dafonts, qui propose des polices de caractères à télécharger gratuitement, on peut télécharger une police "Rackham" du plus bel effet, qui reproduit les silhouettes monochromes évoquées plus haut.

8 commentaires:

  1. He bien dis donc, tu avances à grands pas vers l'ambiance de Noël ! Que vas-tu nous réserver pour les derniers jours ? (ah, et puis merci d'évoquer "ce geste merveilleux" : tourner les pages d'un livre...)

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    1. Je n'y avais pas pensé mais c'est vrai que ça vous a un petit côté Noël pas désagréable.

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  2. Merci Anne d' enrichir notre culture. Ces dessins sont vraiment extraordinaires.
    Jean Louis

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    1. Bienvenue sur le blog, Jean-Louis, et merci d'avoir laissé un message. Ca va faire plaisir à Odile, grande militante de la blogsphère...Tu vois : ça mène à tout, les cartes de voeux.

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    2. BEN OUI QUOI!
      je vous recommande lors d'insomnie ...C'est bien
      si un jour entier silence radio BLOGSPHERE
      ou c'est un MARDI
      ou j'ai gelé sur ma montagne............
      cependant, ne suis pas accroc;;je ne fais pas
      face de bouc ou autre;;;non tant pis pour vous
      faut me supporter....

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  3. Non seulement tu nous apportes ton enseignement de l'aquarelle, mais tu nous enrichis de ta culture . Quel bonheur ! Ne change rien.Bonne journée.
    Denise

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  4. Noël et Dickens, encore un foi tu nous renvois dans notre enfance.

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