Lorsque j'ai ouvert ce blog, j'ai choisi de mettre en exergue le très beau poème de Jean-Michel Maulpoix "Convalescence du bleu après l'averse...", tiré de son recueil consacré au bleu. Je le redonne ici, afin que ceux qui se demandent pourquoi j'ai une affinité particulière avec cette couleur – ce qui d'ailleurs, je veux bien l'admettre, n'a rien d'original – trouvent matière à s'émerveiller de la manière dont les mots acquièrent parfois, entre les mains d'un artisan habile, le pouvoir de dire la couleur.
Chut... Tendez l'oreille.
"On voudrait jardiner ce bleu, puis le recueillir avec des gestes lents dans un tablier de toile ou une corbeille d'osier. Disposer le ciel en bouquets, égrener ses parfums, tenir quelques heures la beauté contre soi et se réconcilier.
On voudrait, on regarde, on sait qu'on ne peut en faire plus et qu'il suffit de rester là, debout dans la lumière, dépourvu de gestes et de mots, avec ce désir d'amour un peu bête dont le paysage n'a que faire, mais dont on croit savoir qu'il ne s'enfièvre pas pour rien, puisque l'amour précisément est notre tâche, notre devoir, quand bien même serait-il aussi frêle que ces gouttes d'eau après l'averse tombant dans l'herbe du jardin."
Chut... Tendez l'oreille.
"On voudrait jardiner ce bleu, puis le recueillir avec des gestes lents dans un tablier de toile ou une corbeille d'osier. Disposer le ciel en bouquets, égrener ses parfums, tenir quelques heures la beauté contre soi et se réconcilier.
On voudrait, on regarde, on sait qu'on ne peut en faire plus et qu'il suffit de rester là, debout dans la lumière, dépourvu de gestes et de mots, avec ce désir d'amour un peu bête dont le paysage n'a que faire, mais dont on croit savoir qu'il ne s'enfièvre pas pour rien, puisque l'amour précisément est notre tâche, notre devoir, quand bien même serait-il aussi frêle que ces gouttes d'eau après l'averse tombant dans l'herbe du jardin."
J.-M. Maulpoix, Une Histoire de Bleu, NRF, Gallimard / Poésie, 2005
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