Biographie

Née en 1972, Anne Le Maître a passé toute sa jeunesse entre les vignes du Mâconnais et les forêts de l’Yonne. De cette enfance bourguignonne, elle a gardé le goût des longues marches dans les bois, du chapardage des pommes et de la collecte des champignons. Un premier voyage au Sénégal à l’âge de 18 ans lui donne le goût de la géographie et des destinations lointaines. Titulaire d’un diplôme d’urbanisme, elle passe des poblaciones de Santiago du Chili aux townships sud-africains. Retour en France : si tout semblait la mener vers des destinations lointaines, c’est à l’occasion de son premier emploi, dans un cabinet d’architecture et d’urbanisme, qu’elle découvre les questions liées au paysage et à l’environnement. Elle participe à la réalisation d’un atlas des paysages de Saône-et-Loire, tout en complétant sa formation par un DEA en histoire des sociétés occidentales. Mais elle rêve d’écriture. En 1995, afin de pouvoir approfondir cette voie, elle accepte quelques heures d’enseignement de l’histoire-géographie dans un collège. Elle se découvre passionnée par le contact avec les jeunes et enseigne encore aujourd’hui quelques heures par semaine en collège, à Dijon.

C’est une randonnée sur les chemins de Compostelle qui lui donne l’occasion de publier, en 2002 aux éditions du Rouergue, son premier livre, Du Puy à Conques par le chemin des pélerins, carnet de voyage dans lequel se rencontrent ses goûts pour la marche, le paysage, l’histoire, les mots… et l’aquarelle, qu’elle pratique pour son plaisir depuis l’âge de 10 ans. Elle a depuis publié, toujours au Rouergue cinq autres carnets de voyage (Jura, Cévennes, Aubrac, Bourgogne) et deux « carnets d’artiste », Sens et Dijon Carnet d'artiste, portraits en mots et en couleurs de villes qui lui sont chères. En 2007, elle a associé un groupe d’élèves de quatrième à la réalisation d’un livre en collaboration avec l’alpiniste et photographe Thierry Harzallah et travaille actuellement sur plusieurs projets d'albums pour enfants. Le premier, Devinettes sans queue ni tête, avec l'illustratrice Sandrine Lhomme, est sorti chez Balivernes en 2016 Elle a également, en tant qu’illustratrice, collaboré à plusieurs magazines, participé à des spectacles et elle expose régulièrement.

Elle mène parallèlement des travaux plus expérimentaux autour de la forme du livre d'artiste, soit seule (Dix leçons de Jacinthe, La Renarde Rouge, juin 2012), soit avec le peintre Hervé Espinosa (Sentinelles, carnet d'arbres, exposé à Sens, été 2012). Désireuse d'approfondir son travail d'écriture, elle est accueillie durant l'été 2012 en résidence d'écrivain à la maison Jules Roy de Vézelay. Elle y entame un travail associant les mots et la peinture, Notre-Dame des Ronces, exposé à l'automne 2013 à l'abbaye de Cîteaux. Un essai poétique, Notre-Dame des Ronces, un été à Vézelay, est publié par La Renarde Rouge en 2015.

Convaincue qu’il n’est point besoin de voyager loin pour se « dé-payser », persuadée que l’aventure est au coin du bois et que la vraie subversion réside dans le regard et non dans l’exotisme d’une destination, elle ne cesse de reprendre la route, sac au dos, pinceaux dans la poche, le plus souvent seule et toujours à pied.




FEMME D’AVENTURES
(la Gazette de Côte d’Or, 7 mars 2013, par Olivier Mouchiquel)

 
Ses carnets de voyage sont des best-sellers. Prenons une bière, dans un bar à vin, avec Anne Le Maître.

LA JEUNE FEMME, aquarelliste de renommée internationale et plume de talent, rentre radieuse d’un séjour en montagne. Ses livres ? Des succès d’édition. Les Cévennes dans les pas de Stevenson, Sens ou Dijon revisitées par leurs chemins secrets. Chili, Afrique, Laponie suédoise… Elle sillonne le monde à pied.
            Dijonnaise ayant grandi à Sens, bercée par les vacances à Pierreclos en Saône-et-Loire, Anne Le Maître eut une enfance choyée par une grande famille et une bande de copains, partant à sept ans déjà en tournée avec sa chorale. À la maison, elle retrouvait le monde de la lecture et du dessin. Histoire de s’occuper.
« Ma maman dessinait bien. Mon grand-père également. Employé, il relevait les compteurs de gaz. » Anne Le Maître s’inscrit dans une lignée tournée vers le livre. Son père, un des grands spécialistes de l’histoire de l’Église au Moyen Âge, en a signé plusieurs dont un sur les invasions barbares. Elle retrouve même trace d’un arrière-grand-oncle fondateur d’un ordre monastique, qui était prêtre et publiait sous pseudonyme des poèmes d’amour.
            Anne Le Maître fut cinq ans urbaniste, aiguisant son regard de géographe sur la construction des paysages. « Je voyais autour de moi des gens plus âgés dévorés de l’intérieur par ce métier. » Elle n’insiste pas et partage désormais son temps entre l’enseignement en collège, les élèves de son atelier et l’écriture.
« Le rythme d’une phrase me vient avant les mots. Je lis mes phrases à haute voix. C’est une question de souffle et de musique : écrire va bien avec la marche. » Quitte à éprouver une répulsion physique à la relecture lorsque le style n’est pas parfait.
            « J’ai fait de la musique médiévale pendant neuf ans, je dessine toujours en musique. J’ai écrit un livre entier en écoutant uniquement, avec la fonction repeat, le deuxième mouvement du Concerto Empereur
pour piano de Beethoven. La musique crée le cercle magique dans lequel je me concentre. »
            L’escalade apporte au peintre un espace de décompression, de ressourcement pour créer. Anne Le Maître prépare une exposition pour Cîteaux autour d’une session de travail d’ethnologues et de philosophes, qui servira de support à une réflexion sur la nature et l’homme. « En te confrontant à la nature tu fais connaissance avec toi-même. Tu te vois plus petit et ça, ça calme. » La dimension spirituelle est présente dans son œuvre. Une croyance moderne. « La foi, vécue de façon profondément spirituelle et non comme appartenance à une religion à laquelle il faut obéir, te rend libre. »
            Pour Anne Le Maître, comme pour Élisabeth Badinter, la maternité n’est pas une condition de la féminité. « Il y a beaucoup de fécondités, qui ne sont pas que féminines. Je suis extrêmement reliée  au monde par mes mots, mes livres, mes aquarelles, mes cours. Un enfant n’aurait pas forcément rajouté grand chose dans l’histoire. »
            Des rencontres réelles ou de lecture l’ont encouragée : la voyageuse suisse Ella Maillart disant « Il faut aller voir. » Barbara Kingsolver, Blaise Pascal, Nicolas Bouvier. Des rencontres avec des moines et des moniales. « Il y a quelque chose de la vie monastique dans la vie d’un écrivain. »
            « Je trouve ignoble qu’une femme en voyage soit plus vulnérable qu’un homme. Je trouve injuste que l’on soit soumise à cette peur de l’agression sexuelle, mais en même temps je la refuse. Si on accepte cette peur, on a tout perdu. J’ai fait 3 000 km à pied seule en France pour un nombre incommensurable de belles rencontres. Ça vaut la peine de prendre ce risque. Le monde n’est pas un terrain de jeu. C’est une vision masculine. Le monde est un lieu de rencontres, bonnes ou mauvaises. Si tu parles avec d’autres aventurières, comme Karine Meuzard, elles te diront la même chose. »
            Quand ses élèves lui avouent écrire eux aussi, Anne Le Maître les encourage. « Personne n’est dans une case et chacun peut faire ce qu’il veut. Il ne faut rien s’interdire sous prétexte que les gens te mettent des étiquettes. Tu es prof, ou tu es une femme, une intello, une sportive… Tout est faux et tout est vrai à la fois. J’adore l’escalade, et j’adore le tricot. » .