lundi 28 mars 2016

Déguisé en rivière...


"J'ai décidé de ne plus rien décider,
d'assumer le masque de l'eau,
de finir ma vie déguisé en rivière,
en tourbillon, de rejoindre à la nuit
le flot ample et doux, d'absorber le ciel,
d'avaler la chaleur et le froid, la lune
et les étoiles, de m'avaler moi-même
en un flot incessant."

Jim Harrison (traduit par Pierre-François Gorce)
-Théorie et pratique des rivières. – 1994, L’Incertain.  

Jim Harrison nous a quittés samedi. 
(Re) lisez-le. 

So Long, Jim...

6 commentaires:

  1. je l'avais vu et entendu invité à la grande librairie cependant j'avoue ne rien n'avoir lu de cet écrivain

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    1. Il faut lire "Dalva", son grand roman. Et j'ai un faible absolu et inexpliqué pour "Faux soleil".... et j'ai de toute façon tout lu (deux fois !).

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    2. il aimait les ours!!! j'ai retenu mais qu'aurait il pensé des ours d'urcy??? nous sommes les ours ici!! cela nous va bien ... bon de la lecture en vue chouette alors bises

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  2. Il me reste à découvrir le poète...

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  3. Je rajoute ce vivant / vibrant hommage, rendu ce matin par le poète Thomas Vinau sur son blog (Etc-iste, visite obligatoire pour tous les amoureux des mots et de la vie nue):
    "Je me suis dis demain, quand le nouveau jour se lèvera, tout les hommes qui écrivent se sentiront un peu plus seuls. Parce que Jim Harrison est mort. Mais ce n'est pas vrai. Tous en fanes de jonc dans les eaux noires du fleuve. Pas plus seul qu'avant dans un delta plus large. Je me suis levé tordu, mal au ventre et à la tête, cassé, trop de sulfite dans ces vin bio, et trop de sucre et la souris d'agneau et le changement d'heure. Je me suis dit c'est bizarre le dernier des plus grands écrivain américain vient de mourir et tu ne pleures même pas. L'ogre qui jouait de la harpe dans ton coeur, le roi des bâtards de la nuit, le shaman qui t'a inventé le Montana, le rissoleur du désert, la force nue des rivières et des forêts, l'ail cru de la tendresse, la conscience des étoiles de la bannière américaine, bordel, Jim Harrisson, le loup garou poète, le meilleur ami de Richard Brautigan, est devenu un chien d'étoile ce samedi 26 Mars 2016. Son ami Philip Caputo dit qu'on l'a retrouvé étendu sur le sol de son bureau, au pied de sa chaise, avec un stylo dans la main, mort d'une crise cardiaque en écrivant un dernier poème. On aurait put le retrouver, couché au pied d'un arbre avec un couteau entrer les dents, ou sur le sol de sa cuisine, gousse éventrée sous le ventre, ou au volant de sa voiture dans les reflets jaunes du désert, peu importe, il aurait été à sa place quoi qu'il en soit. Et là en ce moment devant mes yeux qui ne pleurent pas, il est encore à sa place, au carrefour des vents qui gémissent, dans l'éclat tout cru des chants oiseaux ou l'affut des chats qui ont faim ou l'iridescence anodine des pierres. Je me suis levé en premier, suis allé m'assoir avec le chien en rond sur le canapé, échanger nos puanteurs tièdes dans l'ombre mystérieuse de l'aube. J'ai fait un café très fort. Hier la lune était rouge. La pluie cristallise l'aurore. Il y a des morceaux nus de vivant affamé qui grimpent au terne de la lampe. Les ours continuent de danser."

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