vendredi 30 novembre 2012

De quoi vivent-ils !? Gloire, misère et droits d'auteur

Un de ces derniers week-ends, je participais, comme ça m’arrive régulièrement, à un salon du Livre (le très joli salon « Levez L’encre », dans le Mâconnais). Vous savez que c’est l’une des activités favorites des écrivains le week-end : au lieu de faire du shopping ou d’aller au champignons, ils se campent derrière une table pliant sous le poids de leurs livres, et ils attendent le lecteur. 


Le lecteur, ai-je bien dit. Pas l’acheteur, et c’est là que les choses se compliquent. C’est ce que j’ai expliqué à une dame qui, ayant craqué pour l’un de mes carnets de voyage vendu au prix de 14, 70 €, m’a demandé avec un charmant sourire de lui faire grâce des 70 centimes.

Je lui ai répondu (avec un sourire tout aussi charmant) que :

petit a :  le chèque n’était pas pour moi mais pour le libraire qui m’avait invitée et à qui je rendais le service de prendre les règlements en son nom.

petit b : lesdits 70 centimes représentent à peu de chose près le montant de la somme qui me revient sur les 14, 70 € que lui a coûtés mon livre.

Bienvenue dans le monde merveilleux des auteurs, et que celui qui imagine encore que l’on peut vivre de sa plume perde tout de suite ses illusions !


En fait, la vente d’un livre rapporte de l’argent à trois « personnes » :

- l’éditeur, qui prend en charge les coûts de fabrication.

- le libraire (ou Carrefour si vous achetez vos livres chez Carrefour)

- et un personnage moins connu, le diffuseur, chargé de mettre en contact les deux précédents et d’assurer l’approvisionnement en livres des magasins.

Chacun touche un peu plus de 30 % du prix du livre, les 7 à 8 % restant constituant dans le meilleur des cas (c’est-à-dire dans le cas d’un éditeur qui paye ses auteurs, ce qu’ils ne font pas tous, hélas) la rémunération totale de l’écrivain.

8% du prix (hors taxe) d’un livre vendu 14 euros : faites le calcul : vous arrivez à peu de chose près à 70 centimes.

Vous l’avez compris : on n’écrit pas pour l’argent.

L’éditeur, le diffuseur, le libraire appartiennent à un système économique qui se rétribue comme il convient. Pas l’auteur.

Mais quand même, me direz-vous : sans l’auteur, pas de livre ! Sans ces heures, ces nuits, ces années de travail avec les mots ou avec les couleurs, pas de livre !

Alors oui : je trouve regrettable que, dans le concert de lamentations et d’apitoiement sur les libraires et les éditeurs menacés de disparition, on oublie totalement de parler ces tâcherons du stylo, de ces humbles pioupious des mots : les écrivains.

A qui la gloire, sans doute, doit suffire pour manger tous les jours ! 

(ce texte est diffusé sous forme de billet d'humeur dans l'émission de Stéphanie Quenon sur France Bleu Bourgogne, chez qui j'ai l'honneur et le plaisir de tenir une chronique, ce vendredi vers 16h45.)

33 commentaires:

  1. je comprends ta révolte... dans beaucoup de domaines dès que les intermédiaires agissent c'est "peanuts" pour le producteur...écoute bien : pour faire 1 kilo de pain qui est vendu 4€ il faut 500g de farine environ de l'eau du sel et ? 1 kilo de blé est payé à l'agriculteur 20 centimes , le coût de production de ce kilo de blé est de 30 centimes donc la marge du producteur est de -10 centimes , sans compter le travail, la perte étant compensée par les aides de l'europe..
    OUI MAIS (comme dit tu sais qui!!!)
    j'ai toujours entendu mon mari d'agriculteur dire "j'aime mon métier"

    GARDE bien ton travail de professeur que tu fais si bien et comme tu dis si bien tu n'écris pas pour l'argent mais surtout continue de le faire pour notre plus grand plaisir à tous

    tu as raison de nous tenir informés. Nous devons le savoir lorsque nous achetons un livre... et j'espère que pour ce faire Stéphanie QUENON te laissera parler pour bien l'exprimer:

    car "ya queque chose qui va pas...

    ALLEZ COURAGE et je t'écoute car j'ai le plaisir d'être ici avec ma petite fille bises dile"

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  2. Voilà qui remet les pendules à l'heure !

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  3. IL était important y compris pour mes connaissances personnel de faire cette mise au point...et crois moi dès que j'en aurais l'occasion je ferais passer ce message à qui sort des propos sans contenu.. Bises :-)

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    1. C'est vrai que c'est un message à faire passer parce que totalement ignoré de la plupart des gens, à commencer par ceux qui achètent des livres, d'ailleurs. Combien de fois ai-je entendu des gens me dire que maintenant que je publiais des livres je devais vivre largement...

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  4. Oh la la...je viens de me rendre compte des fautes dans mon commentaire précédent...sûr que je ne serais pas édité :-)))

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  5. Voilà qui est bien répondu.....
    je connais un peu cela des fois avec des clients qui rechignent sur un repas à 15€ s'ils savaient la marge qu'il nous reste après avoir retiré le prix des denrées (fraîches et locales et souvent bio) le temps passé à cuisiner et servir, la dépense EDF/GDF, l'eau, les charges salariales....etc.....ils tourneraient 7 fois leur langue avant de parler ou RECLAMER.....
    bonne continuation et bon WE !

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  6. Pfff !!!! C'est sûr qu'on ne fait pas ça pour l'argent, mais c'est uniquement parce qu'on sait parfaitement que ce n'est pas possible. Parce qu'on aimerait bien pouvoir le faire ou en tout cas au moins en vivre ! Et là, c'est le métier de prof qu'on choisirait -ou non- de faire en supplément et pas l'inverse !

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    1. La question est là : devenir riche ne m'intéresse absolument pas. Mais quand je corrige des copies (pour pouvoir vivre), je n'écris pas ! Et comme nul ne l'ignore, des copies, il y en a beaucoup (et des conseils de classe et des réunions de parents, et des bulletins, et des cours à préparer, et, et, et...) en gros : je n'écris jamais !
      Gagner de l'argent en écrivant me permettrait juste... d'écrire.

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  7. Tu fais bien de mettre les choses au point ! mais tu resteras l "humble pioupiou" de nos coeurs !

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  8. Je suis désolée, je n'ai pas pu écouter ta chronique (une tenue de footing à enfiler....). Bravo pour ce coup de gueule qui ne fera pas changer les choses, malheureusement pour toutes ces fourmis laborieuses que sont les auteurs, mais qui dit dénonce certains dysfonctionnements du système.
    Bises et j'espère que malgré toutes ces difficultés, tu continueras à nous régaler de tes écrits et de tes aquarelles.

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    1. Pour sûr, parce que quand même ne l'oublions pas : c'est l'une de mes occupations préférées au monde !

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  9. … Oui, cela donne à penser !

    Mais comme penser ne me rapporte pas un clou, j'y vais mollo. (Le professeur Stump)

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    1. Ouais, vous avez raison : rentabilité, rentabilité !...

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  10. L'histoire ne dit pas ce qu'a fait la dame après ces paroles..a-t-elle acheté le livre où l'a t-elle reposé? C'est en tout cas une très bonne chose de faire partager ce genre d'information souvent trop méconnue du grand public.

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  11. Je savais que les auteurs n'étaient pas bien payés, mais à ce point là, c'est affligeant!! Je suppose que la dame s'est sentie bien gênée après ça!!

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    1. A Cathy comme à Marion, je peux assurer que finalement, ce fut l'occasion d'un échange très sympathique et que - mais, oui ! - la dame est repartie avec mon livre !

      C'est juste que les gens ne savent pas... (d'où cette chronique radio, puis ce post).

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  12. Que tu as raison Anne ! : c'est carrément une honte les 7-8% de droits pour l'auteur ! une grande majrité de lecteurs ne le save pas. Et si chaque auteur faisait du forcing sur un même éditeur il serait bien obligé de céder ?! mais alors il devra faire forcing sur son diffuseur... bien compliqué tout ça.

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    1. J'ai eu la triste et même expérience pour mon atelier...malgré mes diplômes...Mais c'est toute ma vie et je te comprends chère Anne! Continue à nous faire rêver et à ignorer"les dictateurs de la braderie"...Cathy

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  13. Et encore en tant qu'illustrateurs nous avons plutôt 3 ou 4 % au mieux !
    Même en réclamant on n'a jamais réussi à avoir plus !
    Mais moi je ne suis pas prof et je dois gagner ma vie avec mes pinceaux, les gens parfois me disent que je travaille beaucoup... mais oui !
    Je ne fais pas ce métier pour m'amuser comme certaines personnes en retraite qui se croient aquarellistes...

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    1. céline , je ne comprends pas bien qu'est ce qu'un aquarelliste? qui se croient ou qui croient pouvoir vendre leurs oeuvres?

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    2. Je crois que Céline fait allusion au fait (que je constate également) que l'aquarelle, contrairement à d'autres médiums, souffre d'une réputation d'amateurisme, sans aucun mépris pour les amateurs, mais qui est parfois douloureux à vivre pour ceux qui essaient de se professionnaliser. Comme si on ne faisait jamais que s'adonner à un plaisir facile.
      Ceci étant, je ne nierai jamais ledit plaisir !

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    3. "OUI MAIS" je comprends

      Ceppendant, la différence entre l'amateurisme et le professionnelisme s'impose..
      l'amateur trouvera très vite ses limites..du point de vue de la "commercialisation" non?

      c'est la raison pour laquelle je pense que ton rôle auprès de nous est important pour nous faire passer cette différence...et tu le fais très bien et
      pour ma part, je mesure totalement ce qui nous sépare et qui s'explique très bien.
      l'amateur et le professionnel se rejoignent très certainement dans le plaisir de réaliser
      pour le reste c'est un "monde qui nous sépare" que je comprends et respecte
      je ne sais pas si les élèves réalisent la chance que nous avons d'être enseignée par tes soins. j'en profite pour te dire merci. j'aime beaucoup tes cours a jeudi

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    4. Anne, tu oublies aussi de compter l'imprimeur (même si les éditeurs aujourd'hui préfèrent faire imprimer leurs livres en Chine car ça revient moins cher, maintenant c'est la Pologne qui est encore moins chere...)et aussi les commerciaux des maisons d'édition (enfin celles qui en ont). Dans l'édition jeunesse les droits sont encore moins importants, si on a 5 %, c'est énorme !!! dans la majorité des cas ça tourne à 2 ou 3%. Alors oui, il ne vaut mieux pas compter les heures, les jours, les mois que l'on passe pour illustrer un livre jeunesse... et faut encore avoir la chance qu'il se vende bien, il y en a tellement qui sortent, toutes les semaines si bien que les libraires n'ont même pas le temps de les déballer pour pouvoir les vendre, ils repartent aussi sec chez l'éditeur...ceci dit, tout travail mérite salaire même si écrire ou illustrer est une passion et ce n'est pas une raison pour qu'on se fasse arnaquer...parfois, un peu, beaucoup, par certains éditeurs..
      Des bises Anne, et dommage que tu ne puisses pas passer demain ! @ très bientôt ! :) je te maile très vite, je ne t'oublies pas ! ;)

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    5. et oui c'est un métier, il ne faut pas l'oublier !!! ce n'est pas un loisir comme certains le pensent... grrrr

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    6. Oui, tu as raison de souligner que dans le pourcentage de l'éditeur se cachent tous les frais d'impression et de commercialisation. Eh oui : comme nous, l'imprimeur est un professionnel. Mais comme il y a peu d'imprimeurs du dimanche, il est moins soupçonné de vouloir indûment être rétribué pour une activité qui ne serait jamais qu'un loisir déguisé ! On connaît dans l'édition jeunesse des éditeurs qui ne payent pas, et aussi des illustrateurs (comme des carnettistes, d'ailleurs) qui ACCEPTENT de ne pas être payés, et qui se faisant, en plus de se tirer une balle dans le pied, ôtent leur gagne-pain aux copains !

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  14. moi je dis que c'est un métier tout en étant un loisir ;c'est quand même un grand plaisir de se faire plaisir en travaillant !
    mais c'est sur nous ne sommes pas toujours "pris au sérieux";
    un artiste-peintre ,ce n'est pas un métier sérieux ,pas un vrai métier !en tous les cas c'est ce que je ressens par moment ;

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  15. Merci pour ces précisions interessantes
    mais dites moi, ce qu'on appelle "édité à compte d'auteur" ? c'est quoi ? . On va à l'imprimerie avec son bouquin et on se paye l'imprimerie , on met ses cartons à la maison et ensuite on fait tout tout seul, en gros. Je me le demande...

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    1. Oui, Laure, c'est exactement ça. On prend en charge la fabrication, la diffusion et la vente du livre en plus de sa création. Ce qui prend beaucoup de temps et d'énergie, mais peut être une solution pour certains auteurs qui, au moins, savent qu'ils doivent vendre "tant" de livres pour rentrer dans leurs frais, et ensuite ils commenceront à gagner de l'argent. En revanche, la diffusion reste problématique : les salons et désormais le Net, car les dépôts en librairies - beaucoup d'auteurs auto-édités le confirment - posent le problème de la récupération, soit des exemplaires non vendus, soit du prix de la vente ; dès que vous multipliez les libraires, pas toujours très réactifs à la relance, c'est un vrai casse-tête.

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    2. ouille ouille ouille que c'est complexe
      d'un monde qui m'était complètement inconnu, mes yeux s'ouvrent sur une réalité qui va me permettre lorsque j'achète un livre d'en soupeser le prix!!!
      et comme disait ma grand mère "dans la vie ya les tondus et les tondeurs"aussi cynique que cela puisse être , nous l'avons éprouvé lorsque nous élevions des moutons et lors de la tonte, devinez qui du troupeau ou de nous était le mieux "tondu" bon c'est peut être pas très bien dit mais ceux qui comprendront tant mieux.. ils ont été éprouvés et bienvenue au club ...anne si tu trouves que j'envoie loin le cochonnet, tu me le dis je repartirai en vacances pour vous en donnez à votre tour.. mais que cela fait du bien de s'exprimer... a vous tous dile

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  16. sauf qu'il n'est pas interdit de relire et je m'aperçois que c'est plein de fautes... PARDON à tous dile

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    1. J'aime beaucoup l'expression "envoyer loin le cochonnet", que je ne connaissais pas !

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  17. T'as raison !!!! Mille fois raison ! signé : un "pioupiou de la plume" (j'adore l'expression) ! Bises

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