mardi 5 octobre 2010

Les maux des mots

Les mots me manquent, ces temps-ci. Ceux que l'on aimerait voir glisser sur la page ou sur l'écran, se mettre tout seuls en formation, en paragraphes, en longues phrases harmonieuses. Les mots me manquent cruellement. Les mots manquants m'enferment en moi-même, bouche close, main nue.

Un seul remède : lire, et relire, mâcher — manduquer, comme disaient les Pères de l'Eglise — les mots des autres, porteurs de sens, de musicalité et de beauté. Les mots des poètes ou ceux de sages chasseurs de lumière. J'en sais quelques-uns que je vais ces jours prochains convoquer hors de ma bibliothèque. 
Cette cure que j'entame aujourd'hui, partageons-la, peut-être ?...
Voici pour commencer :

"Dès le matin la lumière parle et je l'écoute, sans plus me demander si je fais bien ou mal, si je ne suis pas ridicule. C'est d'abord comme une jeune fille qui passerait de porte en porte éveiller un à un les habitants de ce village, c'est quelque chose de frais qui ruisselle sur les pierres, qui lave les murs de toutes les taches de la nuit, c'est une sorte de voirie de l'âme. Aujourd'hui celle-ci ne dira rien que de pur."

Philippe Jacottet (La promenade sous les arbres, Bibliothèque des arts, 1996, p. 53)

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